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Technologie, exclusion sociale et nouveau leadership

Le manque de femmes et de personnes issues des minorités dans l’industrie des nouvelles technologies a souvent été réduit à un problème racial ou de parité, alors qu’il s’agit en réalité d’un défi concernant l’ensemble d’un pays. Plus que jamais, un nouvel encadrement holistique est nécessaire pour accroître la diversité dans le secteur des nouvelles technologies et diriger de façon inclusive la transition numérique.

 

Janvier dernier a été marqué par le forum économique mondial de Davos, dont le thème portait cette année sur « Maîtriser la quatrième révolution industrielle ». Les mots étaient pesés avec pertinence car « maîtriser » l’innovation technologique est précisément le défi auquel devront se confronter les décideurs politiques mondiaux. Comme l’a exprimé Angel Gurria, Secrétaire Général de l’OCDE, la croissance technologique est dans une certaine mesure « prévisible, et la vraie question est : à quel point et à quelle vitesse pouvons-nous nous y adapter ? ». Le secteur des nouvelles technologies représente le segment de croissance le plus rapide sur le marché du travail aux Etats-Unis, et 1.4 million d’emplois devraient être créés dans ce secteur d’ici 2018. Les nouvelles technologies constituent donc plus que jamais un potentiel de croissance économique et d’accroissement de la productivité, mais également de fracture sociale puisque, en regard des tendances actuelles, tout le monde ne sera ni bénéficiaire ni inclus dans ce nouveau paradigme.

 

À Davos, une attention particulière a été portée à la diversité sur le lieu de travail ; un sujet trop longtemps resté exclu des discussions relatives à l’émergence des nouvelles technologies. Lorsque nous parlons d’inclusion sociale et de technologie, nous nous concentrons souvent sur l’accessibilité des innovations technologiques, tel que l’accès à Internet. Cependant, trop peu est dit sur l’inclusion sociale au sein même des entreprises. Et si nous analysons le profil des employés, il est possible d’observer que parmi les entreprises les plus reconnues, celles-ci mêmes que les pays émergents et industrialisés aspirent à reproduire, il y a très peu d’intégration sociale.

 

Les entreprises de premier rang doivent montrer l’exemple

Selon le dernier sondage de recensement, la population américaine possède un ratio homme-femme paritaire, et est composée de 16 % d’hispaniques et de 12 % d’afro-américains. Cependant, lorsque nous regardons la composition interne des salariés des plus grandes compagnies dans le secteur des nouvelles technologies — comme Google, Twitter, Facebook et Youtube — il y a en moyenne 30 % de femmes, 5 % d’hispaniques et 2 % d’afro-américains. Et un plus faible nombre encore occupe des postes à responsabilités. Pourquoi est-ce un problème ? Premièrement, du point de vue de l’équité sociale : nous attendons de nos entreprises de premier rang, tout comme de nos institutions gouvernementales, d’être de justes réflexions de la diversité et de la richesse de notre population – et non de ses tensions et divisions sociales. Le second argument va plus loin : c’est également une perte économique. En concentrant des employés aux profils semblables, les entreprises tech passent à côté de la diversité comme moteur de créativité, et de son fort potentiel pour stimuler la compétitivité et la croissance économique.

 

Le manque de femmes et de minorités au sein de l’industrie tech a trop souvent été réduit à un problème racial ou de parité, alors que c’est un problème allant bien au-delà. Mélanger des employés aux différents parcours, compétences et capacités cognitives permet de mieux faire face à la complexité du monde et du secteur des nouvelles technologies. Cela permet de faire émerger des idées innovantes, et des solutions à des problèmes qui ne seraient jamais apparus dans un groupe de personnes à l’état d’esprit similaire. Si nous laissons les femmes et les minorités en-dehors de cet environnement de travail, nous perdons un immense réservoir de talents, qui pourrait considérablement améliorer notre niveau de vie et notre cohésion sociale.

 

Que devons-nous donc attendre de nos décideurs politiques ? Comme l’a indiqué Klaus Schwab, fondateur du forum économique de Davos, maîtriser la quatrième révolution industrielle nécessite un leadership holistique, et la reconnaissance que les défis d’aujourd’hui sont intrinsèquement interconnectés. À cela, j’ajouterai qu’il est essentiel que nos dirigeants aient un certain degré de familiarité avec ce que la technologie et l’innovation technologique signifient. Une initiation précoce à l’éducation numérique ainsi que la possibilité de suivre des formations continues, afin de maintenir ses compétences de travail, devraient également être promues afin d’éviter toutes divisions sociales liées à l’analphabétisme numérique. Mais par-dessus tout, les dirigeants politiques doivent être capables de distinguer la fin des moyens – la croissance technologique n’est pas une fin en soi, mais seulement un outil permettant d’améliorer la qualité de vie des citoyens, que ce soit sur un plan économique ou social. Si la plupart des personnes sont exclues de cette dynamique, alors l’outil doit être réévalué et réajusté.

 

Sacha Alanoca.

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